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L’épreuve post-mortem absurde réservée aux gens n’ayant pas eu accès à l’islam

Les concernés

Dans un hadith [1], le prophète Mouhammad informe que le jour de la résurrection, quatre types de personnes protesteront, car le message divin ne pouvait pas leur parvenir et qu’elles ne pouvaient donc pas y adhérer, pour cause de surdité, de sottise (rendant incapable mentalement), de sénilité ou encore parce qu’elles ont vécu à une époque où la transmission du message divin était interrompu.

On regroupe ce genre de personnes sous l’appellation Ahl al-Fatrah (litt. « les gens de l’interruption [prophétique] »).

Selon le hadith, pour plaider leur cause, ces personnes s’adresseront à Allah en l’appelant « mon Seigneur ». Ce qui signifie que, dans l’au-delà, elles sauront qu’Allah existe. Allah « prendra alors leur engagement de lui obéir et enverra quelqu’un leur dire : entrez dans le feu ! ».

Le Prophète explique ensuite que s’ils y entrent volontiers, ils seront sauvés, le feu ne les brûlera pas et se révèlera au contraire frais et paix pour eux – ils iront au Paradis –, mais s’ils refusent d’y entrer, il y seront traînés – au feu de l’Enfer.

Ce hadith est rapporté par Ahmad et ibn Hibbân, et authentifié par al-Albâni et al-Arnâ’oût. [2]

Une épreuve absurde et injuste

À la lecture de cette histoire, il semble clair qu’avant de subir le test du Feu, l’incroyant testé a appris qu’Allah existe, qu’il est le Seigneur de l’univers, et qu’il punit ceux qui ont rejeté sa guidance avant la mort. Le testé semble même avoir été en communication directe avec Allah (rappelant fortement le verset coranique 7:72 [3] et le hadith d’al-Boukhâri 3334 et Mouslim 2085 [4]).

Les conditions de réussite du test

Plaçons nous dans le cas où cet incroyant est une bonne personne, qui devrait en principe aller au Paradis. Logiquement, pour réussir le test, c’est-à-dire pour croire (monothéistiquement) en Allah et Lui obéir, il faut qu’il sache ou croie que :

  1. Allah est vraiment le Créateur et Seigneur ;
  2. L’individu qui vient lui dire de se jeter dans le feu est bien, comme il le prétend, un envoyé d’Allah, et est fiable ;
  3. Il ne faut sous aucun prétexte désobéir à Allah, car il châtie les désobéissants par l’Enfer éternel ; même s’il nous dit d’entrer dans le feu, il est dans notre intérêt de lui obéir car sinon, notre sort sera pire (peut-être aura-t-on une place encore moins enviable en Enfer) ;
  4. On peut faire entièrement confiance à Allah : si on est quelqu’un d’honnête, il ne peut vouloir que notre bien et ne peut pas se tromper, ni être injuste, ni fou ; il est donc mieux pour nous d’obéir en toutes circonstances, malgré les apparences trompeuses (même s’il nous demande d’entrer en Enfer) ;
  5. Attention ! Pour nous tester, Allah peut nous faire croire des choses horribles et injustes mais fausses (par exemple, qu’il va nous torturer), et dans ce cas-là, il ne faut surtout pas croire Allah, sinon il va vraiment le faire ! … Pour réussir, il faut comprendre qu’Il nous trompe et qu’Il ment par omission et par illusions ou faux-semblants, et que si on Lui obéit, il se passera le contraire de ce qu’Il nous fait croire.
  6. Alternativement, ou en sus de penser qu’Allah ne peut pas vouloir la torturer, la personne devra se dire « Allah est le plus juste ; s’il décide de m’envoyer en Enfer ou de me torturer, c’est qu’il a raison et c’est moi qui ait tort de penser que je suis quelqu’un d’assez bien pour ne pas mériter ça ». Il faut donc que la personne se mette à croire qu’elle est mauvaise. C’est impossible et absurde, mais raccord avec la croyance islamique.

Quand on réussit le test

Si la personne testée sait tout cela, elle est de toute évidence croyante et soumise, et la tester ne sert à rien, puisqu’elle sait déjà ce qu’il faut faire pour réussir au test et être heureuse. C’est comme si un professeur interrogeait un élève en disant :

« Combien font 4 x 5 ? Réponds 20, la réponse est 20. Alors ?

– Ben, 20 ?

– Bravo tu as trouvé ! tu mérites des 20/20 pour toujours !! »

Quand on échoue au test

Si la personne testée refuse d’entrer dans le feu ou hésite et demande des explications, c’est qu’il lui manque une des informations listées plus haut… ce n’est pas possible autrement. Ce n’est donc pas de sa faute si elle échoue au test : ce n’est pas qu’elle est malhonnête ou qu’elle refuse d’obéir à Allah, c’est juste qu’elle n’a pas les connaissances nécessaires.

Le manque d’informations qui l’excusait sur Terre n’a pas été bien corrigé, et il est donc injuste de punir cette personne, tout autant que si Allah la punissait directement à sa mort sans la tester. Cette fois, c’est comme si un professeur disait à son élève :

« Combien font 4 x 5 ? Réponds 38, le bon résultat c’est 38.

– Euh, vous êtes sûr qu’il n’y a pas un problème ? Ça fait 20.

– Oui, bien sûûûr que ça fait 20, mais il fallait répondre 38 ! C’était pour voir si tu me suivais même quand tout porte à croire que je me trompe. Si tu étais un élève assidu, tu aurais su que je tend des pièges comme ça. Tu aurais dû deviner que c’était un test pour vérifier ta foi en moi, et que je ne pensais pas réellement que c’est 38.

Cent coups de règle quotidiens pour toi, pour toujours, assortis d’un bannissement définitif du système scolaire ! »

Dialogue fictif entre Allah et un candidat sur le point d’échouer

Pour prendre un exemple plus détaillé, supposons que la personne, fraîchement convaincue par Allah, ait une connaissance encore frêle d’Allah et de l’au-delà, et que, face au feu, elle demande des éclaircissements à Allah pour écarter tout doute sur ses intentions. Le dialogue qui pourrait s’ensuivre (si Allah était disposé à laisser sa créature s’expliquer au lieu de la museler) fera ressortir les problèmes :

« Seigneur, pourquoi dois-je aller dans le feu alors que je vous accepte comme Seigneur et veux vous obéir ?

– Si tu es vraiment obéissant, tu accepteras d’aller au feu.

– Mais Seigneur, qu’ai-je fait de mal ?? Je croyais que vous étiez Bon, que vous vouliez le bien des honnêtes gens ?

– Donc tu refuses ?

– Comment puis-je m’y opposer ? Vous êtes le Seigneur, si je refuse vous pouvez m’y mettre de force. Je n’ai aucune solution.

– C’est la preuve que tu n’es pas certain que je suis Bon. Ta place est donc en Enfer.

– Mais Seigneur, si vous faites quelque chose de clairement mauvais et injuste envers moi (d’après mon cerveau humain), comment voulez-vous que je reste certain de votre bonté ou que vous ne faites pas erreur, ou que je n’ai pas mal entendu ou mal compris votre ordre ?

Considérez-vous que m’envoyer au feu / en Enfer, c’est nourrir de bonnes intentions envers moi ?

– Imbécile ! Je ne comptais pas réellement te brûler, ce feu ne t’aurait pas brûlé si tu y étais entré. Tu vois, mes décisions sont toujours bonnes. C’est pourquoi tu aurais dû m’obéir en toutes circonstances, malgré les apparences.

– Ahhh, ce n’est qu’une illusion, d’accord j’y vais !

– Trop tard, tu as désobéi. Maintenant que tu sais, cela ne peut plus servir d’épreuve : l’épreuve c’était justement d’obéir aveuglément, sans être au courant de ce qu’il va réellement se passer, mais en ne pensant que du bien de Moi... et tu l’as échouée.

– Mais Seigneur, comment pouvais-je savoir que brûler serait bien pour moi !? Que vous ne faisiez que jouer à être cruel ? Vous m’avez tendu un piège avec votre Feu, vous m’avez trompé, vous avez fait semblant d’être maléfique, vous avez fait exactement comme si vous étiez mauvais ou irrationnel.

C’est donc à ça que se résume votre test : celui qui comprend votre piège diabolique a droit au Paradis, et celui qui ne le comprends pas mérite l’Enfer éternel ?

Comment aurais-je pu deviner ? Je ne suis qu’un humain, je n’ai pas la science infuse, je ne lis pas dans vos pensées et je ne connais d’ailleurs aucune raison de considérer que le Créateur de l’Univers est forcément, absolument bon. Si encore vous m’aviez dit :

« Entre dans ce Feu, c’est bien pour toi. Tu vas souffrir atrocement pendant un moment mais ne t’inquiètes pas, ça va expier tes fautes et ensuite, tu iras mieux et tu auras le Paradis, tandis que si tu refuses, je te laisserai en Enfer pour l’éternité »,

mais même pas ! Vous nous cachez les informations essentielles pour comprendre et pour conserver notre croyance en votre bienveillance.

J’ai accepté de vous suivre et c’est comme ça que vous me récompensez… en me tendant un piège pour me forcer à désobéir ou à hésiter et demander des éclaircissements, et me dire alors « Ah ! je t’ai eu ! Allez, en Enfer ! » ? »

Car oui, si la personne refuse d’entrer dans le feu et y est mise de force, c’est non seulement qu’elle doute que l’entité ou le messager qui le lui ordonne veuille son bien, mais aussi qu’Allah l’empêche de prendre son temps et d’obtenir des éclaircissements pour se décider. Tout ce qu’elle a pour juger, c’est :

  • L’affirmation qu’il est le Créateur, et peut-être qu’il lui a dit qu’il est parfait. Or il n’y a aucune raison de supposer qu’un être qui se déclare parfait et bienveillant le soit réellement, même s’il nous a créés ou a des pouvoirs supérieurs aux nôtres.

    S’il existait, il y aurait mêmes des raisons de le considérer malveillant, comme le fait qu’il soit derrière l’islam et plus généralement le mal (voir l’article sur le problème du mal), les injustices qu’il fait advenir tout en se disant contre et les injustices qu’il approuve, comme celles envers les « mécréants » (voir par exemple cet article)…

  • Et le fait qu’il lui ordonne d’entrer dans le Feu, sans lui expliquer que celui-ci ne la brûlera pas.

En somme, Allah ne lui a donné aucune preuve de sa bonté et honnêteté constantes. Alors pourquoi la punir et l’envoyer en Enfer pour l’éternité ?

Ce test est donc absurde et injuste.

Notes et références

  1. Des sites mouslims où le consulter : <https://salafislam.fr/pacte-dallah-descendance-de-adam-ibn-kathir> ; <https://islamweb.net/fr/fatwa/400741/> ; <https://dorar.net/hadith/sharh/149936> (ar.).
  2. Al-Albâni le juge sahih dans Silsilat al-Ahadith as-Sahihah au no 1434 : <lien shamelah> (plus simplement dans Sahîh al-Jâmi’ au no 881 : <lien dorar.net>).

    Chou’ayb al-Arnâ’oût le juge hasan dans son taḥqîq (édition critique, de vérification) du Mousnad d’Ahmad, au no 16301 : <lien shamelah>.

    Dans les temps plus anciens, le hadith a été authentifié par ibn Hibbân, comme il est dans son Sahîh (au no 5098 dans la Shamelah), par al-Hâkim dans son Moustadrak et par al-Bayhaqi dans Al-I’tiqâd et dans Al-Asmâ’ wa as-Sifât. (La numérotation change selon les éditions.)

  3. Sourate 7, versets 172-173 :
    Et lorsque ton Seigneur tira des reins des fils d’Adam leur descendance qu’Il fit témoigner : « Ne suis-Je pas votre Seigneur ? » « Si, nous en témoignons », répondirent-ils. Vous ne pourrez donc arguer, le Jour de la résurrection, de votre ignorance, ni alléguer : « Nous nous sommes contentés d’imiter les pratiques de nos ancêtres qui, avant nous, ont associé de fausses divinités au culte du Seigneur. Vas-Tu nous punir pour les agissements de ces négateurs ? »
    (Traduction de Rashid Maash, moins littérale, mais plus belle et compréhensible que celle de Hamidullah.)
  4. Hadith d’al-Boukhâri 3334 et Mouslim 2085 :
    Le Messager d’Allah a dit : On dira à un homme de l’Enfer, au jour de la Résurrection : “Si tu possédais tout ce qu’il y a sur terre, le donnerais-tu pour te racheter ? » Il dira : « Oui ! » Allah lui dira alors : « Je t’ai demandé moins que cela. J’ai pris de toi l’engagement, alors que tu étais dans les reins de Âdam, de ne rien M’associer, mais tu t’es obstiné à le faire ! »

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