Dans la version du Coran d’al-Kisâ'i, une des sept variantes (qirâ'ât) jugées authentiques et moutawâtirah, il est dit :
﴿ وَلَقَدْ آتَيْنَا مُوسَىٰ تِسْعَ آيَاتٍ بَيِّنَاتٍ ۖ فَاسْأَلْ بَنِي إِسْرَائِيلَ إِذْ جَاءَهُمْ فَقَالَ لَهُ فِرْعَوْنُ إِنِّي لَأَظُنُّكَ يَا مُوسَىٰ مَسْحُورًا ١٠١
قَالَ لَقَدۡ عَلِمۡتُ مَاۤ أَنزَلَ هَـٰۤؤُلَاۤءِ إِلَّا رَبُّ ٱلسَّمَـٰوَ ٰتِ وَٱلۡأَرۡضِ بَصَاۤىِٕرَ وَإِنِّی لَأَظُنُّكَ یَـٰفِرۡعَوۡنُ مَثۡبُورࣰا ١٠٢﴾
Et certes, Nous donnâmes à Moïse neuf miracle évidents. Demande donc aux Enfants d’Israël, lorsqu’il leur vint et que Pharaon lui dit : « Ô Moïse, je pense que tu es ensorcelé. »
Il (Moïse) dit : « Je sais fort bien que ces choses [les miracles], seul le Seigneur des cieux et de la terre les a fait descendre comme autant de preuves illuminantes ; et certes, Ô Pharaon, je te crois perdu. »
Alors que dans les autres variantes canoniques, comme celle de ‘Âṣim transmise par Hafs, Moïse commence sa réponse par :
لَقَدۡ عَلِمۡتَ مَاۤ أَنزَلَ هَـٰۤؤُلَاۤءِ
Il (Moïse) dit : « Tu sais fort bien que ces choses [les miracles] (…) »
C’est une citation (de Moïse par Allah), elle ne peut pas différer comme ça selon les variantes ! Il y en a forcément une qui est fausse. Le Coran n’a donc pas été parfaitement conservé.
L’Imam al-Baghawi (1041/1044-1122), célèbre exégète, considérait d’ailleurs qu’il s’agissait d’une erreur dans le Coran d’al-Kisâ'i. Il dit dans son exégèse :
[Le sujet de] « Il dit » est Moïse. La majorité des lecteurs récitent « laqad ‘alimt » avec le tâ' vocalisé par une fatḥah (c’est-à-dire : ‘alimta, « tu sais »), ce qui constitue une adresse à Pharaon.
Quant à al-Kisâ'i, il le récite avec un tâ' vocalisé par une ḍammah (il le lit ‘alimtou, « je sais »). Cette lecture est également rapportée de ‘Ali [ibn Abî Tâlib], qui a dit : « Le misérable (Pharaon) ne savait pas que Moussa était dans la vérité. S’il l’avait su, il aurait cru. Mais celui qui savait, c’était Moussa lui-même. »
Ibn ‘Abbâs a dit : « Pharaon le savait, mais il s’est montré obstiné. » Allah a dit : « Ils les nièrent [Nos Signes (preuves, versets…)] injustement et par orgueil, alors qu’en eux-mêmes ils y croyaient avec certitude. » (An-Naml 27:14).
Et cette lecture (qirâ'ah),‘alimta (« tu sais ») est plus correcte du point de vue du sens, et c’est celle adoptée par la majorité des lecteurs (qourrâ'), car Moïse n’argumente pas ici en se fondant sur sa propre connaissance.
Quant à la lecture avec le tâ' à la ḍammah (‘alimtou) attribuée à ‘Ali, elle n’est pas authentiquement établie, car elle n’est rapportée de ‘Ali que par un homme[1] de la tribu de Mourâd), or cet homme est inconnu (majhoûl). Aucun des lecteurs ne s’y est attaché en dehors d’al-Kisâ'i.
On apprend ainsi qu’une erreur s’est glissée dans le Coran, dans une version considérée aujourd’hui complètement authentique.
Cette erreur introduit qui plus est un illogisme dans le Coran : dans le contexte, que Moïse dise « je sais… » est inepte, chose que reconnaît al-Baghawi mais qui ne semble pas avoir gêné al-Kisâ'i. (On peut se demander si al-Baghawi aurait reconnu qu’il trouve illogique cette variante de lecture s’il avait été bien établi qu’elle provenait de ‘Ali, ou s’il aurait fait taire ses doutes et éteint son cerveau comme tout bon croyant doit le faire.)
Notes et références
- ↑ Cet homme s’appelle Kalthoûm al-Mourâdi, d’après l’exégèse d’al-Qourtoubi : <http://quran.ksu.edu.sa/tafseer/qortobi/sura17-aya102.html>.
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